La composition de l’avifaune est continuellement remodelée sous l’influence de multiples facteurs dont le plus déterminant est l’altération des habitats. Les populations d’oiseaux communs font l’objet de suivis annuels en Wallonie : elles continuent de diminuer à un rythme soutenu. Ce déclin est en concordance avec la tendance observée au niveau européen mais est plus accentué encore dans notre région.

Du fait de leur position élevée dans les chaînes alimentaires, de leur grande variété d’exigences écologiques et d’un temps de réaction rapide face aux changements environnementaux, les oiseaux constituent un bon indicateur de l’état de la biodiversité et du fonctionnement des écosystèmes. C’est pourquoi la plupart des pays européens ont mis en place des programmes de suivi des populations des espèces d’oiseaux nicheurs les plus répandues, qui s’intègrent dans un système de surveillance continental q. La Wallonie y est associée : des relevés annuels par point d’écoute sont effectués pour les espèces dites communes de l’avifaune wallonne, soit 81 espèces. Ces espèces représentent 50 % du nombre total d’espèces nicheuses indigènes en Wallonie[1] ; cependant, étant les plus abondantes, elles représentent en termes d'effectifs 98 % de l’avifaune wallonne. Sur base de ces relevés, un indice relatif d’abondance des populations est calculé pour chaque espèce et une tendance des effectifs à long terme peut être estimée[2].

 

Chute de 35 % des effectifs en 34 ans

Les populations d'oiseaux communs, toutes espèces confondues, sont en déclin continu depuis 1990. Entre 1990 et 2024, elles ont perdu en moyenne 35 % de leurs effectifs, soit une érosion de 1,3 % par an. Sur les 81 espèces considérées, 42 (52 %) montraient une tendance à la diminution, 22 (27 %) présentaient une tendance stable, et 17 (21 %) étaient en augmentation.

C'est dans les milieux agricoles que l'avifaune présente la diminution la plus flagrante. Les espèces associées aux milieux agricoles ont perdu en moyenne plus de la moitié de leurs effectifs (- 54 %) sur la période, au rythme moyen de 2,3 % par an. Ce déclin concerne autant les espèces liées aux grandes cultures que les espèces associées aux prairies. Sur les 17 espèces associées aux milieux agricoles suivies, 11 montraient une tendance à la diminution (bruant proyer, vanneau huppé ou tourterelle des bois p. ex.), 2 étaient stables (corbeau freux et bergeronnette printanière) et 4 étaient en augmentation (pie-grièche écorcheur, tarier pâtre, faucon crécerelle et fauvette grisette).

Les effectifs des 21 espèces associées aux milieux forestiers ont montré une diminution globale de 24 %, au rythme moyen de 0,8 % par an. Sur l'ensemble des espèces forestières, 10 étaient en diminution (pouillot siffleur, mésange boréale ou roitelet huppé p. ex.), 8 étaient stables (pic noir, bouvreuil pivoine ou rougequeue à front blanc p. ex.) et 3 montraient une tendance à l'augmentation (pic mar, grimpereau des bois et roitelet triple-bandeau).

Les effectifs des 43 autres espèces (espèces ni strictement associées aux milieux forestiers, ni strictement associées aux milieux agricoles, dites espèces de milieux variés) ont un peu plus fluctué, mais montrent toutefois depuis 2008 une diminution globale sans équivoque. Ce groupe d’espèces a perdu 33 % de ses effectifs au rythme moyen de 1,2 % par an. Parmi ces espèces, 21 montraient une tendance à la diminution (hypolaïs ictérine, bruant des roseaux ou grive litorne), 12 étaient stables (merle noir, buse variable ou locustelle tachetée) et 10 étaient en augmentation (chardonneret élégant, bergeronnette des ruisseaux ou hypolaïs polyglotte).

Tous groupes confondus, les espèces ayant subi le déclin le plus alarmant sont le bruant proyer (espèce des milieux agricoles), l’hypolaïs ictérine (espèce de milieux variés), le bruant des roseaux (espèce de milieux variés) et la perdrix grise (espèce des milieux agricoles) : leurs populations ont diminué respectivement de 99,6 %, 94,5 %, 94,4 % et 92,6 % en 34 ans.

À l’échelle européenne[3], une tendance à la diminution se dessine également, particulièrement marquée pour les espèces agricoles. Les populations des 168 espèces communes considérées ont diminué de 16 % entre 1990 et 2023. Parmi celles-ci, les 39 espèces des milieux agricoles ont perdu 43 % de leurs effectifs.
 

Évolution des effectifs des populations des 81 espèces d’oiseaux communs* en Wallonie (1990 - 2024)

Évolution des effectifs des populations des 81 espèces d’oiseaux communs* en Wallonie (1990 - 2024)

Évolution des effectifs des populations des 81 espèces d’oiseaux communs* en Wallonie (1990 - 2024)

n = nombre d’espèces

* Il s'agit des espèces communes de l'avifaune wallonne, soit 81 espèces, qui représentent 50 % du nombre d'espèces nicheuses indigènes en Wallonie mais 98 % de l'avifaune wallonne en termes d'effectifs. 

** Espèces ni strictement associées aux milieux forestiers, ni strictement associées aux milieux agricoles.

*** UE-27 moins Malte, mais avec le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège et Andorre.

n = nombre d’espèces

* Il s'agit des espèces communes de l'avifaune wallonne, soit 81 espèces, qui représentent 50 % du nombre d'espèces nicheuses indigènes en Wallonie mais 98 % de l'avifaune wallonne en termes d'effectifs. 

** Espèces ni strictement associées aux milieux forestiers, ni strictement associées aux milieux agricoles.

*** UE-27 moins Malte, mais avec le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège et Andorre.

Tendances des populations des 81 espèces d'oiseaux communs* en Wallonie, par types de milieux (1990 - 2024)

Tendances des populations des 81 espèces d'oiseaux communs* en Wallonie, par types de milieux (1990 - 2024)

Tendances des populations des 81 espèces d'oiseaux communs* en Wallonie, par types de milieux (1990 - 2024)

n = nombre d'espèces

* Il s'agit des espèces communes de l'avifaune wallonne, soit 81 espèces, qui représentent 50 % du nombre d'espèces nicheuses indigènes en Wallonie mais 98 % de l'avifaune wallonne en termes d'effectifs.

** Espèces ni strictement associées aux milieux forestiers, ni strictement associées aux milieux agricoles.

n = nombre d'espèces

* Il s'agit des espèces communes de l'avifaune wallonne, soit 81 espèces, qui représentent 50 % du nombre d'espèces nicheuses indigènes en Wallonie mais 98 % de l'avifaune wallonne en termes d'effectifs.

** Espèces ni strictement associées aux milieux forestiers, ni strictement associées aux milieux agricoles.

 

Un déclin multifactoriel causé par les activités humaines, surtout agricoles

Les facteurs du déclin généralisé sont multiples mais surtout liés à la modification et la perte des habitats que peuvent entraîner l’agriculture et la sylviculture lorsqu’elles sont pratiquées de façon intensive, et l’urbanisation. Les pratiques agricoles intensives entraînent :

  • la réduction de la disponibilité en ressources alimentaires (grains, insectes, micromammifères…) en raison de la réduction des adventices annuelles, du développement de couverts hivernaux dépourvus de plantes montées en graines, de la conversion des prairies permanentes q en cultures moins riches en ressources ou de l’utilisation de produits phytopharmaceutiques q ;
  • la raréfaction de sites de nidification en raison de l'augmentation de la taille des parcelles et de la perte des éléments structurants du paysage (haies, bosquets) ;
  • une mortalité directe liée à l'augmentation de la fréquence de fauche des prairies pour la production de fourrage et à la rapidité du travail de récolte, problématiques en particulier pour les espèces nichant au sol (bruant proyer, vanneau huppé ou alouette des champs).

En forêt, les facteurs pénalisants sont la diminution du nombre d'essences et du nombre de strates de végétation, la perte de gros arbres et d'arbres morts… À noter également les effets des changements climatiques (bien que certaines espèces puissent être favorisées par un réchauffement des températures) et, pour certaines espèces, l’impact de pratiques de chasse lors des migrations ou sur les lieux d’hivernage ou la prédation par les sangliers.

Une étude menée à l’échelle de 28 pays européens confirme que l’agriculture intensive est la pression ayant l’impact le plus direct et prédominant sur les espèces d’oiseaux communs, et pas seulement pour les espèces des milieux agricoles(b).

Nécessité de généraliser les pratiques et aménagements favorables en milieux agricoles

La politique agricole commune (PAC) 2023 - 2027[4] affiche des ambitions accrues en matière d’environnement par rapport à sa version précédente. Elle comprend différentes mesures de soutien qui forment "l’architecture verte" de la PAC : conditionnalité[5] renforcée, éco-régimes[6], paiements agroenvironnementaux et climatiques[7], paiements au titre de Natura 2000[8] et soutien à l’agriculture biologique q. Elle repose sur un nouveau modèle de mise en œuvre qui accorde à chaque État membre une marge de manœuvre pour transposer l’architecture verte dans leur plan stratégique[9]. À noter que pour la Belgique, il y a deux plans stratégiques, un pour la Flandre et un pour la Wallonie, le Plan stratégique wallon pour la PAC 2023 - 2027[10].

Selon un rapport de la Cour des Comptes européenne(c), les plans des États membres sont plus verts que ceux de la période précédente mais ils ne sont toutefois pas à la hauteur des ambitions de l’UE en matière de climat et d’environnement. La Cour relève notamment que l’assouplissement de certaines exigences de la conditionnalité q suite aux manifestations des agriculteurs en 2024 risque de réduire encore l’impact des plans sur l'environnement. En particulier, l’objectif de consacrer un minimum de 4 % des terres arables à des éléments non productifs[11] afin de favoriser la biodiversité a été supprimé. Un rapport de l’Institut pour la politique environnementale européenne(d) relève que les États membres ont globalement opté pour les options les plus simples (et les moins efficaces) en matière de conditionnalité, et que les éco-régimes n’apporteront probablement que peu de bénéfices additionnels, n’étant pas toujours bien ciblés au niveau régional et couvrant des zones limitées.

 


[1] Ensemble des espèces d'oiseaux qui se reproduisent sur le territoire wallon, ne comprenant donc pas les espèces hivernantes (harle bièvre p. ex.) ou les espèces de passage en migration (grue cendrée p. ex.).

[2] Il est à noter que d’autres types d'inventaires ornithologiques, plus intensifs et ponctuels, sont organisés en Wallonie pour la réalisation d’atlas(a), pour le suivi d’espèces rares (merle à plastron, faucon pèlerin ou tétras lyre p. ex.) ou coloniales (grand cormoran ou hirondelle de rivage p. ex.), ou pour l’évaluation de l’état de conservation des espèces d'oiseaux q et des habitats d'intérêt communautaire q.

[3] UE-27 moins Malte, mais avec le Royaume-Uni, la Suisse, la Norvège et Andorre.

[4] Pour plus d’informations sur la PAC, voir le site internet de la Commission européenne q.

[5] Mécanisme qui conditionne l’octroi des aides financières directes de la PAC au respect d’exigences réglementaires en matière de gestion (ERMG) et au respect d’exigences relatives aux bonnes conditions agricoles et environnementales des terres (BCAE) q

[6] Aides financières directes versées aux agriculteurs qui s’engagent volontairement à adopter des pratiques agricoles généralistes bénéfiques pour l’environnement et le climat, qui vont au-delà des exigences de la conditionnalité (éco-régimes "maillage écologique", "prairies permanentes conditionnées à la charge en bétail" ou "réduction d’intrants" p. ex).

[7] Aides financières directes versées aux agriculteurs qui s’engagent volontairement à adopter des pratiques agricoles bénéfiques pour l’environnement et le climat, davantage ciblées et spécifiques q.

[8] Indemnités versées aux agriculteurs qui ont des parcelles reprises dans le réseau Natura 2000, en compensation de la perte de revenus liée à une modification de leurs pratiques.

[9] Les Plans stratégiques de chaque pays de l’UE peuvent être consultés sur le site internet de la Commission européenne q.

[10] Pour plus d’informations sur le Plan stratégique wallon pour la PAC 2023 - 2027 q, consulter la page internet qui y est dédiée q sur le Portail de l’agriculture wallonne.

[11] Jachères, haies, mares…

Évaluation

5b74f9ac-193b-4e40-bdba-c3f9ce6baa99 Etat défavorable et tendance à la détérioration

Défavorable
  • Référentiel : Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité à l’horizon 2030 q
    Dans le cadre de cette stratégie, l’UE souhaite mettre la biodiversité de l’Europe sur la voie du rétablissement et enrayer le déclin alarmant des oiseaux des milieux agricoles d’ici à 2030. Cependant, aucun objectif chiffré n’a été formalisé. Dans sa précédente stratégie (Stratégie de la biodiversité pour 2020 q), l’objectif était de garantir le maintien des populations des espèces d’oiseaux à un niveau adéquat ; il n’a pas pu être approché. Pour cette raison, et compte tenu du fait que les processus de rétablissement des espèces sont des phénomènes lents, l’état est jugé défavorable.
  • Sur la période 1990 - 2024, les populations d’oiseaux communs étaient en diminution pour 42 des 81 espèces suivies (soit 52 %).
En détérioration

Sur la période 1990 - 2024, les populations wallonnes des 81 espèces d’oiseaux communs considérées ont perdu en moyenne 35 % de leurs effectifs.